Le site de la Tuilerie est très ancien , une activité est déjà mentionnée en 1760. Au XIX siècle
elle est exploitée par Jean Brunet qui cessa son activité en 1886. Elle a été rachetée en 1890 par
Delphin Puisais qui l’exploita avec ses 3 fils : Gaston, Romuald et Norbert. Le site possède les 3
éléments fondamentaux permettant le fonctionnement d’une tuilerie à savoir : un gisement d’argile à
l km, l’eau provenant du Miosson et le bois issu de la Garenne . La maison patronale daterait du
XVIL Ici on fabriquait des tuiles, des carreaux, des briques et on produisait la chaux.
Le métier de tuilier était saisonnier à peu près mi mars jusqu’aux premières gelées. (la
Toussaint). Il n’y avait aucune activité de fabrication l’hiver mais durant cette période on devait
couper des fagots pour le chauffage du four et extraire l’argile. L’argile était extraite d’un gisement
situé aux Bordes non loin d’ici à l km. Les tuiliers faisaient la découverte en enlevant Ia terre du
dessus et extrayaient l’argile à la pioche et à la pelle. Ils constituaient des tas correspondants aux
besoins nécessaires à la fabrication des tuiles, carreaux et briques. La pluie, le vent, le soleil
agissaient sur les mottes d’argile et les réduisaient en petits morceaux. C’était l’hivemage qui
accroissait la plasticité.
A la belle saison, l’argile était chargée dans un tombereau, puis acheminée jusqu’à la tuilerie où
elle était basculée dans une cuve carrée appelée « Noc ». Après avoir été arrosée, elle était brassée
à l’aide d’une pelle et même foulée au pied afin d’obtenir une pâte molle et homogène. Ce travail
avait lieu l’après-midi afin que la pâte repose toute la nuit.
Le lendemain les tuiliers procédaient à la fabrication. La pâte était devenue onctueuse et
après l’avoir humidifié le mouleur remplissait et tassait l’argile dans un gabant en fer et la lissait
avec une sorte de racloir appelé planette. Cette opération se faisait sur une table préalablement
sablée afin d’éviter que l’argile ne colle. C’est l’opération du moulage. Cette galette était aussitôt
appliquée sur un moule en bois ou en fer en forme de tuile canal. Un bon mouleur faisait 2 tuiles à
la minute. On moulait des carreaux et des briques qui étaient estâmpillés à l’aide d’une presse
manuelle dite presse à rebattre. Au fur et à mesure les tuiles, les carreaux et les briques étaient
déposées sur des étagères sous halettes pour le séchage. Les halettes étaient des petits hangars légers
munis de larges toitures assez basses. Elles avaient pour fonction de favoriser la circulation d’air
nécessaire au séchage des produits et de les protéger de la pluie. Les halettes aujourd’hui disparues
avaient une superficie de 300 m2. Le séchage était toujours une phase délicate car il y avait danger
de fentes et de déformation, en effet, en séchant l’argile se rétracte. C’est pourquoi en cas de vent
chaud les tuiliers utilisaient des paillons pour faire écran de protection, il fallait donc assurer une
surveillance permanente. Le séchage durait entre 1 jours et 3 semaines, cela dépendait du temps.
Parallèlement la fabrication continuait de s’effectuer.
Après le séchage venait la cuisson qui s’effectuait dans le four. Le four du Gué de l’Omme
est constitué de 4 murs épais avec revêtement de briques à l’intérieur. Une porte permet
l’enfournement et le défournement des produits. Après la mise en place des produits, la porte était
murée avec des briques posées à sec et enduites d’un mortier appelé bornais, mélange d’argile, de
cendre, de sable et de crottin de cheval. Avec une température de 1000o un mortier ordinaire se
serait désagrégé sous l’effet de la chaleur intense au moment de la cuisson, provoquant des rentrées
d’air ambiant.
Le four est constitué d’ une sole de briques pleines posées en claires voies. A l’enfoumement
les tuiliers répartissaient dans un premier temps sur cette sole des pierres calcaires extraites d’une
carrière située au dessus du site. Sur ces pierres calcaires on procédait à l’empilage des tuiles, des
carreaux et des briques sur champ jusqu’au haut du four en laissant des parties vides afin que la
chaleur se diffuse.
Les pierres calcaires avaient 2 fonctions :
1) elles protégeaient les tuiles. En effet elles servaient de protection aux tuiles pour qu’elles ne
subissent pas de déformation sous l’effet de la chaleur intense.
2) elles produisaient la chaux. En effet une fois calcinées, ces pierres deviendront des pierres à
chaux.
En fin de cuisson , au défournement des produits, les pierres calcinées étaient transportées
dans la bluterie et transformées en chaux à l’aide d’une machine appelée blutoir. Ce blutoir était
actionné à l’aide d’un moteur. La chaux mise en sacs était entreposée dans une salle de stockage
dans la partie arrière de la bluterie.
Sous la sole du four 2 foyers voûtés sont alimentés à l’aide de fagots nommés aussi
bourrées. Les fagots sont introduits à l’aide d’une fourche à long manche. A la fin de chaque
cuisson on récupère les cendres à l’aide d’un racloir.
Les fagots étaient liés par un lien végétal appelé riorte qui brûlait et ne laissait pas de trace
dans la cendre..
La montée en température du four était progressive, elle durait 3 jours ; puis c’était la
journée de grand feu pendant laquelle il fallait alimenter le foyer en permanence. Le foyer devait
être alimenté toutes les 20 à 30 minutes et surveillé nuit et jour.
La chaleur était excessive et il était difficile de maîtriser tous les paramètres : peur de trop
grand feu ou pas, risque de surcuisson, ce qui entraînait des tuiles déformées collées les unes aux
autres. On contrôlait la cuisson par un lucameau c’est à dire une petite ouverture dans le mur du
four obstruée par une pierre; on enlevait cette pierre pour voir l’évolution de 1a cuisson et on la
replaçait aussitôt. Seul un æil exercé d’un cuiseur étrnt capable d ‘apprécier la température de
cuisson..
Ensuite venait la période de refroidissement qui durait 3 à 4 jours. Les tuiliers pratiquaient
une petite ouverture dans le haut de la porte du four afin d’évacuer la chaleur avant de la démolir
progressivement. Il fatlait procéder par étape et ne pas créer un trop gros choc thermique qui aurait
endommagé les produits ; puis c’était le défournement, stockage et vente des matériaux.
Ils étaient entre 8 et l0 à tavailler ici selon les années.
Les clients venaient prendre la commande au four, ou étaient liwés en charette. La chaux
était employée pour l’agriculture et pour blanchir l’intérieur des habitations.
En 1920, l’électricité arriva à Nouaillé ce qui permit une mécanisation, améliorant les
conditions de travail. C’est à cette époque que Norbert Puisais fit acheter la première mouleuse
« Foucart-Jolly » à 2 hélices avec filières à tuiles et briques et son chariot-coupeur . En 1926 il
quitte la tuilerie du Gué de l’Omme car il rêve de modemité il fonde sa propre entreprise : La
briqueterie Puisais route des Roches. La tuilerie du Gué de l’Omme restera en activité jusqu’en
1955 avant de fermer définitivement.
Témoignage de Monsieur le Maire Michel Bugnet Août 2020
Depuis combien de décennies, combien de siècles les hommes travaillent-ils l’argile, « la terre glaise », sur le territoire de Nouaillé-Maupertuis ? Nul ne le sait… Ce qui est certain, c’est que la plus ancienne tuilerie connue à ce jour, celle du Gué-de-l’Omme, est déjà mentionnée sur le Plan Cassini de 1760 et sur le cadastre « Napoléon » du début des années 1800 ! Ce savoir-faire, ouvrier-paysan, acquis et amélioré de génération en génération, donnera naissance à l’une des plus grande briqueterie du pays, celle créé par Norbert PUISAIS en 1926, et qui restera en activité jusqu’en 1987.
Après sa fermeture en 1955, l’ancienne tuilerie du Gué-de-l’Omme – terrains et bâtiments – a été rachetée en 1993 par la Commune pour y réaliser un gîte d’hébergement, projet finalement abandonné. Entretenu a minima jusqu’en 2001, le site a ensuite été laissé totalement à l’abandon . Les toitures se sont effondrées, les murs se sont lézardés et écroulés, la végétation a tout envahi, les arbres, le lierre, les ronces ont poussé à tout va… dissimulant petit à petit aux yeux des promeneurs, des pêcheurs, des visiteurs du champ de bataille, ce qui restait de cette activité artisanale…
Il aura fallu la curiosité et le volontarisme de l’association « Les amis de Nouaillé » pour raviver la mémoire collective et amener la nouvelle municipalité élue en 2014 à s’intéresser à ce lieu de mémoire ouvrière de notre commune. Soucieux de préserver le souvenir du travail de l’argile qui a fait vivre tant de familles de la Commune et des alentours, les élus ont alors su fédérer de nombreux bénévoles enthousiastes pour débroussailler, défricher, nettoyer, remonter briques et pierres, consolider les murs, … Cet élan, toujours aussi soutenu aujourd’hui, s’est concrétisé en 2019 par la création d’une association de référence, « Les amis de la tuillerie de Nouaillé », dont l’objectif est de poursuivre, avec le soutien de la municipalité, les restaurations et l’animation du site. Je lui souhaite de tout cœur pleine réussite dans cette noble entreprise !
En effet, c’est avec émotion qu’il faut se rappeler qu’au fil des siècles, des femmes, des hommes, parfois très jeunes, travailleurs anonymes, ont vécu à Nouaillé-Maupertuis du travail de la tuile, de la tomette, de la brique… Ils étaient chaufourniers, tuiliers, domestiques, comptables, conducteurs d’engins,… ils ont occupé de nombreux métiers ! Des acteurs, des témoins sont encore vivants, d’autres disparaissent, et il est de notre devoir d’entretenir la flamme de leur mémoire, car ils ont participé à construire et à enrichir la belle Commune que nous connaissons aujourd’hui. Ils ont contribué, sans le savoir, à écrire une belle page de notre histoire communale, celui du développement artisanal et industriel, celui de l’amour du travail bien fait et de l’esprit d’entreprise, celui de la contribution à la reconstruction de la France après la seconde Guerre Mondiale…
Alors, à vous qui lirez ces lignes, souvenons-nous de ceux qui ont ici versé leur sueur, qui ont usé leurs mains, qui ont mis toute leur énergie, pour, en façonnant la terre, contribuer à bâtir un monde meilleur !
